Endre Rozsda est né le 18 novembre 1913 à Mohács, petite ville située sur les berges du Danube, au sud de la Hongrie.

 

Issu d’une famille bourgeoise, il est le second enfant d’Ernő Rosenthal et d’Olga Gomperz. Son père était propriétaire d’une briqueterie. Sa mère était la descendante d’une grande famille juive d’origine portugaise.

Il dessine tous les jours sur un petit pan de mur de la maison familiale. Toutes les deux semaines, le mur est blanchi à la chaux afin qu’il puisse continuer à dessiner. Rozsda est déjá conscient de sa volonté : devenir peintre.

Il se procure un appareil photo. En regardant à travers l'objectif, il découvre que celui-ci est « myope », c’est-à-dire beaucoup plus apte à restituer la beauté des détails que celle de vastes sujets. Ces expériences visuelles forment selon lui une des bases de sa peinture à venir, la volonté de faire et de contempler des détails.

Il peint son premier tableau : une copie du Blue Boy de Gainsborough, dont il remplace le visage par un autoportrait.

Endre décide de changer officiellement de nom. Il choisit un patronyme peu courant, Rozsda, nom commun hongrois signifiant « rouille », à la fois couleur et oxydation.

Après son baccalauréat, il s’inscrit à l’École libre de peinture, récemment fondée par le peintre hongrois Vilmos Aba-Novák.

Suite à de nombreuses difficultés financières, le père d' Endre Rozsda se suicide, peu de temps après avoir pris soin de trouver un appartement-atelier pour son fils.

Première exposition personnelle à la galerie Tamás, à Budapest. L’exposition est un succès critique et commercial. Le directeur du Musée des Beaux-Arts de Budapest acquiert une des œuvres exposées.

Il assiste à une représentation publique d’une composition de Béla Bartók, interprétée par Bartók lui-même et sa femme. C’est une révélation décisive, une totale remise en question de son travail de peinture : « Son jeu m’a enchanté, sa musique m’a bouleversé. J’ai senti qu’il [Bartók] critiquait ma propre trajectoire artistique. Il m’a démontré que je n’étais pas contemporain de moi-même ».

Rozsda décide de partir vivre à Paris. Il s’installe à Montparnasse dans un atelier de la rue Schoelcher avec son ami le sculpteur Lajos Barta. Expositions dans cet atelier.

Il rencontre Árpád Szenes, István Hajdú, Vieira da Silva, Giacometti, Max Ernst, Picasso. Il enseigne la peinture à Françoise Gilot, qui vivra quelques années plus tard avec Picasso. Il suit les cours de l’Ecole du Louvre en auditeur libre pendant trois ans.

Le port de l’étoile jaune devient obligatoire à partir du 29 mai 1942. Il apprend que la police française le recherche. Françoise Gilot l’aide à se procurer de faux-papiers. Elle l’accompagne à la gare de l’Est où il prend le train avec ses toiles roulées.

Après l’invasion allemande, il vit dans la clandestinité. Condamné à une peine de travaux forcés pour non-enrôlement dans les forces armées, il réussit finalement à s’échapper. La mère de Endre Rozsda est assassinée au moment de la déportation des familles juives de Mohács.

À la Libération, il enseigne en tant que professeur de peinture au sein de l’Association culturelle ouvrière. Il se lie d’amitié avec Imre Pán et devient avec ce dernier l’un des membres fondateurs du mouvement Európai Iskola (École européenne), groupement d’avant-garde qui réunit peintres, sculpteurs, poètes, écrivains et intellectuels.

Il participe aux expositions collectives ou individuelles organisées par l’École Européenne et à d’autres expositions indépendantes. 

 

De cette période datent d’importantes oeuvres surréalistes, parmi lesquelles André Breton choisit le tableau Amour sacré, Amour profane pour accompagner son article sur Rozsda dans son ouvrage Le Surréalisme et la Peinture.

Les autorités interdisent toutes formes d’art autres qu’officielles. L'École européenne se dissout.

À la suite des lois staliniennes régissant le « réalisme socialiste », Rozsda est empêché de peindre. Il dessine beaucoup, sans jamais pouvoir exposer son œuvre. Il illustre des livres pour enfants.

Son carnet de croquis reste le seul moyen d’exercer son œil de peintre. Il retrouve dans sa formation académique d’avant la guerre l’outil nécessaire pour capter, avec une acuité de portraitiste remarquable, le monde qui l’entoure : les gens de la rue, dans les cafés, au concert, au théâtre, aux bains publics et dans les piscines.

Il signe un manifeste et participe à l’exposition non-officielle des « Sept ». Peu après la clôture de l’exposition, la révolution hongroise éclate.

 

Fin décembre, il quitte clandestinement la Hongrie et passe en Autriche.

Rozsda s’installe de nouveau à Paris.

 

Tout juste après son arrivée en janvier 1957, André Breton et sa première femme Simone Collinet ont préparé une exposition à la galerie Furstenberg au mois de février. Rozsda a exposé les toiles de sa période 1945-1948 qu’il a rapporté de Hongrie avec l’aide de l’Institut français.

André Breton rédige la préface du catalogue. Il dit : « Voici le haut exemple de ce qu’il fallait cacher si l’on voulait subsister, mais aussi de ce qu’il fallait arracher de nécessité intérieure à la pire des contraintes. Ici se mesurent les forces de la mort et de l’amour ; la plus irrésistible échappée se cherche de toutes parts sous le magma des feuilles virées au noir et des ailes détruites, afin que la nature et l’esprit se rénovent par le plus luxueux des sacrifices, celui que pour naître exige le printemps. »

Rozsda exposera ensuite régulièrement avec les peintres de la galerie Furstenberg.

Il est invité à participer à l’Exposition international du Surréalisme à la Galerie Schwarz de Milan, organisée conjointement par André Breton, José Pierre et Arturo Schwarz.

Rozsda a présenté dans cette exposition son tableau « Les Fenêtres ». La poétesse Joyce Mansour écrit à cette occasion :

« Un tableau de Rozsda, cela fait penser à l’extravagant gaspillage de la forêt automnale, aux pommiers en fleurs après la mort du soleil, à l’or oculaire, malléable et immobile, tout frais sorti des chants du pays des Magyars ... »

Rozsda reçoit le prix Copley, qui lui est décerné par le jury suivant : Hans Arp, Alfred Barr jr., Matta, Max Ernst, William S. Lieberman, Man Ray, Roland Penrose, Sir Herbert Read, Barnet et Eleanor Modes, Darius Milhaud et Marcel Duchamp.

Voyage aux États-Unis. Exposition à l’International Gallery de Cleveland.

Endre Rozsda acquiert la nationalité française.

 

Il expose à Bruxelles. Le catalogue est préfacé par le poète René Micha.

Rozsda participe à l’exposition « Surréalisme 1922-1942 » à Munich et à Paris.

Séjour en Californie. Expositions à Claremont et à New Orléans.

Endre Rozsda s’installe au Bateau-Lavoir, à Montmartre.

Présentation au Mobilier national de la tapisserie réalisée par les ateliers de la manufacture des Gobelins, d’après le tableau « Initiation ».

Rétrospective au Bateau-Lavoir, inaugurée par le ministre de la Culture, Jack Lang.

Endre Rozsda reçoit le titre d’Officier de l’Ordre des Art et des Lettres.

Participation à l’exposition « André Breton, La beauté convulsive » au Centre Georges Pompidou.

Rétrospective au Grand Palais (Műcsarnok) de Budapest. À cette occasion, ministre de la Culture et de l’Éducation hongrois le décore du titre d’Officier de l’Ordre du Mérite de la République de Hongrie, décerné par le président de la République Árpád Göncz.

Exposition à la Galerie Várfok de Budapest, inaugurée par l’écrivain Péter Esterházy.

Fidèle à sa vocation Endre Rozsda continue de peindre et de dessiner jusqu’à ses derniers jours. Il décède à Paris. Il est enterré au cimetière de Montmartre.

Endre et ses sœurs, Mohács (1918)

Endre Rozsda vers 1933

Portrait de mon père

Françoise Gilot par Rozsda (1943)

Portrait de ma mère

Amour sacré, Amour profane (1947)

Musée des Beaux-Arts de Dijon

Rozsda vers 1952

André Breton

Les Fenêtres (1961)

Galerie Furstenberg (1963)

Avec Françoise Gilot vers 1965

Au Bateau-Lavoir

Péter Esterházy et Endre Rozsda